Les réjouissances sinistres du marché de Rungis

Quand les croyants méprisent le sort les animaux dans les abattoirs, l’élevage et la pêche

Voici une réaction au bloc-notes de Sébastien Lapaque consacré au marché de Rungis, paru dans le N°3420 (voir copie de l’article) de l’hebdomadaire Témoignage Chrétien en novembre 2010.

Comment un véritable croyant, et plus particulièrement un chrétien, dont la spiritualité suppose l’amour du prochain, à commencer par les plus faibles, peut-il se réjouir du triste spectacle de l’étal de cadavres d’animaux qui ont souffert et sont morts pour des plaisirs humains superficiels (l’habitude inutile de manger de la viande et du poisson) ?!
L’attitude qu’on espèrerait d’un croyant dans ce cimetière atroce qu’est Rungis n’est pas le pèlerinage réjouit, mais plutôt les larmes et la prière pour demander pardon à Dieu des meurtres de masse de ses créatures.

Particulièrement répugnant est le passage où il s’extasie devant divers produits provenant de bœufs, agneaux, veaux, etc. comme s’il s’agissait de pures merveilles esthétiques ! Et il finit par « A table ! ». Comme si tout humain devrait comme lui saliver en voyant ces morceaux de chairs.

Hélas, Sébastien Lepaque n’est pas un cas isolé, il reflète bien l’indifférence totale de toutes les « grandes » « religions » et de leurs affiliés à l’égard des animaux « produits » par l’élevage et la pêche, il le fait juste de manière crue et décomplexée. Pour la quasi-totalité des croyants les animaux ne sont hélas que des sous-êtres au service des humains.
Pourtant, dans les « religions », on trouve par ailleurs des appels à la pitié, à la paix, à l’amour en général, et on conseille d’éviter des souffrances inutiles aux animaux… Appels que les croyants (?) se gardent bien de mettre en pratique de manière trop appuyée.
Comment des croyants, des chrétiens, peuvent-ils rester insensibles aux horreurs inutiles qui ont lieu tous les jours dans les élevages, abattoirs et chalutiers ?! Au minimum, ils devraient réduire très fortement leur consommation de produits issus des animaux, et ne se fournir qu’auprès des filières garantissant de manière fiable le respect des normes et une attention pointilleuse aux conditions de vie et de mort des bêtes ! La meilleure attitude restant de loin le végétarisme ou le végétalisme. On ne peut pas tuer un être contre sa volonté et prétendre le respecter.
Rien d’étonnant vous me direz quand on sait que les humains se sont massacrés entre eux sans complexe avec la bénédiction des églises. Ca continue d’ailleurs…

S. Lepaque se réjouit lui du spectacle des cadavres sans aucunement se soucier du sort des animaux morts livrés à Rungis qui proviennent pour l’immense majorité d’élevages industriels atroces et d’abattoirs (voir par exemple ce qui se passe chez Charal) rarement soucieux de minimiser la détresse des animaux et de respecter la réglementation.
Faut-il aussi lui rappeler que les poissons, avant de miroiter sur les marchés devant ses yeux ébahis, ont agonisé de manière épouvantable (voir Pitié pour les poissons, Les poissons : une sensibilité hors de portée du pêcheur et Poissons, le carnage) sur les ponts des bateaux après avoir été arrachés aux océans !

D’autre part, il est déplacé et obscène de s’extasier devant des monticules de nourritures qui vont alimenter la surconsommation et le gaspillage durant les "fêtes" (pour les animaux ce n’est pas la joie !) alors que des milliards de terriens ne peuvent manger correctement !

Il n’y a pas que les chrétiens bien sûr qui soient volontairement inconscients et inconséquents. A part quelques exceptions, toutes les doctrines « religieuses » et les « sagesses » adoptent la consommation d’animaux sans sourciller.
Avec les pratiques de la viande Casher et Hallal, juifs et musulmans sont parfaitement sur la même ligne, barbare, que tout le monde. Ils rajoutent même une couche de souffrance, au cas où il n’y en aurait pas assez !, en réclamant généralement que les animaux soient égorgés en pleine conscience. Ces derniers ont ainsi bien le temps de se voir mourir en sentant leur sang se vider ! En plus, ces abattages rituels atroces tendent à se généraliser pour satisfaire la demande et rentabiliser au mieux la viande et ses sous-produits.
Il faut maintenir les traditions selon eux ! Ils sont incapables, quand ça les arrange, de se détacher d’une miette de leurs textes prétendument sacrés. Il faudrait dans ce cas maintenir toutes les traditions anciennes : corrida, viols, abandon des bébés mal venus sur le tas de fumier, excision rituelle, esclavage des « sauvages », circoncision, mariages forcés, statut d’inférieures pour les femmes, interdiction de l’homosexualité, lapidation des femmes adultères, etc. ?!

Sébastien Lapaque nous dit aussi que les transactions commerciales concrètes (telles que celles pratiquées à Rungis) pourraient contrecarrer notre monde dématérialisé. C’est absurde vu que le commerce, en donnant des prix arbitraires aux choses sans prix (à commencer par les animaux), en transformant la vie en marchandises donc, est un puissant acteur de la dématérialisation du monde.
Avant de monter dans les bourses et la spéculation mondiale, le commerce s’est exercé longuement sur le terrain concret des maquignons et vendeurs d’abats du terroir local.

On a connu S. Lapaque nettement plus pertinent, notamment pour sa critique lapidaire de l’art contemporain (N°3411) ou de la technologie.

J’espère que TC ne va pas continuer dans cette veine et nous vanter la joyeuse dégustation des dindes bios à l’occasion de la célébration de la naissance du Christ…. (la rédaction de ce texte avait commencé avant Noël).

Témoignage chrétien, malgré ses préoccupations sociales et ses critiques de certains abus des religions, est malheureusement comme la plupart des gens concernant le sort des animaux voués à la consommation : insensible et volontairement aveugle.
Pour eux, seul compte l’humain et sa survie, le reste ne nous concerne pas.

Actuellement, dans les médias on voit quelques échos concernant les souffrances extrêmes des animaux de l’élevage industriel, on s’inquiète un peu des excès de la consommation carnée en regard des problèmes écologiques et climatiques.
Mais il n’est pas question de remettre en cause tout le système d’exploitation et de meurtre des animaux, ni de réfléchir à la cohabitation de l’ensemble des êtres vivants sur la planète pour évoluer et vivre différemment, sans entredévoration ni compétition.
Le jour où les Eglises feront preuve de compassion en réclamant l’abolition de la viande, on pourra commencer à leur accorder un peu de crédit.

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Les horreurs du marché de Rungis ne choquent pas le pélerin

- Par Zora, 17 janvier 2011
Thèmes : * Spiritualité - Divers, Abattage rituel, Abattoir, Elevage

Texte publié sur http://animauzine.net, site participatif au service des militantEs de la cause animale
- URL : http://animauzine.net/Les-rejouissances-sinistres-du.html
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