Décidément fort longue est la liste de nos déraisons ! Et si vœux il doit y avoir en ces périodes de fêtes obligées, nous souhaiterions que ce soit pour aller vers un peu plus d’humilité. Que l’être humain arrête enfin de se prendre pour le centre du monde à qui tout serait dû. Que cet être soi-disant supérieur parce qu’il peut dire " je sais que je sais " apprenne à dire plus souvent : " je sais que je ne sais pas " ! Car faire la guerre à tous ses congénères en les laissant crever de faim et de froid au fond de leurs cartons par les nuits de froidure c’est, au fond, ne pas savoir grand-chose ! Car c’est ne pas non plus savoir grand-chose que de faire ripaille à grand renfort de gavage d’oies ou de canards, d’abattage de dindes, d’agneaux, de biches ou de chevreuils, sans compter tous ces crustacés que vivants l’on ébouillante, toutes ces huîtres que vivantes l’on gobe, tous ces animaux que par tous les temps et d’un bout à l’autre de la planète l’on transporte dans des conditions épouvantables pour les occire de la façon la plus effroyable et qui sont dans un état d’extrême déréliction ! Nous savons en effet toute l’incommensurable détresse du monde humain ou animal, blessé, torturé, broyé par et pour le profit de quelques-uns. Nous savons en effet la planète de part en part saccagée par et pour le confort de quelques-uns. Nous savons que nous savons tout cela. Et même si nous ne savons pas s’il est temps encore de changer nos méthodes, nous savons au moins qu’il est grand temps de le faire ! Car depuis longtemps et de toutes parts des cris d’alarme sont lancés. Se pourrait-il qu’en 2006 ils ne soient pas mieux entendus ? Nous ne voulons pas le croire. Nous voudrions ajouter aussi combien nous apprécions le poète qui, levant au ciel un regard interrogateur s’exclame : " Et si en plus il n’y a personne ! " [Alain Souchon] Car à tous ces dieux hypothétiques qui jamais ne répondent, nous préférons cette solide réflexion issue d’une réunification des savoirs, capable de prendre en compte tous les éléments de la connaissance pour en faire surgir une pensée toujours plus universelle.
Quant à la lutte spécifique pour obtenir l’abolition définitive de la corrida ici et ailleurs, si elle constitue une partie seulement de la lutte globale pour la protection du monde animal, elle en est cependant la clé de voûte dès lors que la corrida fait obstacle à l’amélioration du sort de tous les animaux.
Nous dirons enfin avec Yourcenar que nous ne digérons pas l’agonie, non d’un simple point de vue gustatif, mais surtout et avant tout, d’un point de vue éthique. Puissions-nous ensemble œuvrer à ce vaste projet : changer de direction pour mettre un terme à notre déraison. Car la lutte continue, la lutte avance !
Josyane Querelle-Riquier Présidente
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