Animauzine, militer pour les animaux
21 avril 2008
Par Michel
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Peuple Loup

Voyages en solitaire au pays des loups

Moi, je suis parmi eux pour être le témoin passionné et subjectif de la meute. Je me sers de ma passion et d’un mode de vie assez extrême pour tenter d’intéresser les gens. Le public, celui déjà acquis à la cause des loups et de leur préservation en Europe et en France, mais également celui qui ne sent pas concerné par tout ceci a priori, le grand public. Celui qui préfère être témoin d’un défi personnel découvrira malgré lui un monde complexe et surprenant.

Mickaël Brangeon

Association Peuple Loup

Cette association a été crée par Mickael Brangeon, son siège se trouve 37, route de Rochefort à 17200 St Sulpice de Royan. Elle a pour objet l’étude des loups en milieu naturel et la sensibilisation du public a sa connaissance. Mais comme le dit Mickaël, il ne souhaite pas que cela soit une association de défense du loup, car en existe déjà de très sérieuses, et il encourage donc les personnes qui souhaitent soutenir la cause du loup à adhérer à celles-ci.

Depuis sa plus tendre enfance, Mickaël a une passion « les loups ». Aussi en 2003, se décide-t-il à concrétiser son rêve, aller les voir vivre dans leur milieu naturel, sur leur territoire en s’y enfonçant tout seul.

« En mai 2003, passionné de loups et photographe amateur, j’ai décidé de partir en terre étrangère et de m’installer dans un territoire occupé par une meute de loups, dans le but de démontrer que le loup n’est pas dangereux pour l’homme. Après plus d’un an de présence, les loups commencent à me prendre pour un élément du décor, même si leur peur ancestrale est toujours la plus forte. »

Alors aidé par deux « petites » associations, petites par la taille : http://www.loup.org/ et http://wolf-eyes.forumactif.com/, mais grandes par le cœur, il fait le grand saut au dessus de l’océan et dans l’inconnu en atterrissant au Canada. Il y restera presque 3 ans… Je vous livre quelques notes de son carnet de voyage :

« À l’austérité et à l’immensité du territoire s’ajoute la rigueur d’un climat froid de type continental. L’hiver commence à la fin d’octobre et se termine au début de mai. La température minimale moyenne est d’environ - 23 °C en janvier. Le mercure peut descendre à -50 °C au plus fort de la saison froide. Le vent accentue la morsure du froid, qui est d’ailleurs plus gênant que la neige. Les précipitations sont moins importantes qu’à Montréal : 765 mm de pluie ou de neige en moyenne par an, comparativement à 1 050 mm. Par ailleurs, l’été n’est pas froid : en juillet, la température moyenne se maintient aux environs de 14 °C, avec des pointes occasionnelles à 34 °C. Sous ces latitudes nordiques, les soirées d’été sont longues, douces et lumineuses. »

Mardi 21 décembre 2003 - Nuageux : -20° au matin ; -15° en journée

« La sortie du sac de couchage est difficile au petit matin et j’assiste à un rituel que je verrais tous les matins de cette semaine et que j’appelle « La sortie des couvertures par étapes lentes et douloureuses ». Il faut dire à la décharge de Stéphanie qu’il est tentant de rester sous 2 sacs de couchages, 2 couvertures de survie et un gros pyjama de bucheron quand on connait la température extérieure. Après un déjeuner au coin du feu, nous repartons sur la zone visitée la veille. Sans grande surprise, nous découvrons que notre piste a été suivie par un loup, surement Jappeur. De petite taille, Jappeur doit approcher les 30 kg, selon les estimations de Stéphanie en se fiant à la grandeur des empreintes En remontant la piste de Jappeur, nous trouvons des empreintes plus grosses et plus profondes qui s’enfoncent dans un secteur boisé et se dirigent vers le nord-est. C’est en découvrant différentes pistes qui se rejoignent et se séparent que nous pouvons nous rendre compte que nous avons affaire à plusieurs loups, 4 assurés, qui se suivent à la trace, ne se distinguant légèrement que lorsqu’ils abordent une courbe. L’allure générale de la meute est plutôt lente et elle ne semble pas pressée de rejoindre sa destination. Après une ½ heure de pistage, nous tombons sur une trace d’urine et une crotte. Celle ci, très liquide et odorante, est typique d’une crotte d’après un festin. En effet, les loups ayant trop mangé rejettent des sels sommairement digérés et rapidement éliminés. D’après l’état de gel de la crotte, celle ci daterait de 2 jours maximum. La trace d’urine, en alignement avec la piste, est le fait d’un dominé et date du matin même. On soupçonne Jappeur d’avoir suivi la meute à distance. Comme la nuit n’est pas loin et que nous ne nous sommes pas équipé pour suivre la piste sur plusieurs jours, nous retournons vers le camp, en passant par la cache à bois. Nous retentons un appel au loup. Stéphanie repère une réponse au loin. Personnellement, je ne perçois rien et je m’aperçois que j’ai des progrès à faire pour sensibiliser mes sens. La nuit s’annonce plus froide et après le souper, j’assiste au rituel inversé du matin, juste un peu plus rapide « Rentrée dans les couvertures par étapes et isolation parfaite contre le froid » »

Samedi 1er mai 2004

« Tout annonce le printemps : les mouettes sont de retour après leur hivernage estivale de Floride, ce qui agacent passablement les corneilles restées qui ont subi courageusement les rigueurs nordiques. Les perdrix se dissimulent moins bien dans le paysage qui se déshabille lentement de son grand manteau blanc. Gagné par cette frénétique printanière, je prépare mon matériel pour aller passer quelques jours à mon camp n°1. Il fait déjà trop chaud et les traces des loups, trouvées un peu partout et dont certaines ne datent que de deux jours, se noient déjà dans la mollesse humide de la neige qui fond. Je remarque à nouveau les empreintes si caractéristiques du gros loup aux alentours de l’ancien dépotoir ; elles sont accompagnées par celles d’un autre individu plus petit. Cette piste commune semble être une des plus récentes et elle m’emmène vers le lac tout en longueur situé au nord de mon camp. Cette piste me fait penser à celle que j’avais déjà suivie au mois de Décembre ; à l’époque, les pistes bien individualisées par des marques régulières significativement positionnées aux endroits stratégiques (croisements, monticules jalonnant les pistes) indiquaient plutôt l’émergence d’un conflit territorial entre ces deux loups. A l’heure actuelle, je pense que ce gros loup ne fait toujours pas partie de la meute et qu’avec l’individu plus petit ils se partagent cet espace qui chevauche une partie du territoire de la meute très probablement établie. Au niveau de l’ancien dépotoir, après avoir traversé le lac, je me pose en affût et reste ainsi sans rien percevoir jusqu’à la tombée de la nuit que quelques flocons devancent »

Samedi 14 août 2004 - Beau temps

« Dans les environs de la ligne d’énergie, je découvre une crotte en plein milieu de la route, fraîche de cette nuit ; la vieille j’avais prospecté ce secteur mais n’avais rien trouvé à cet emplacement. Je distingue aussi dans le sable du sentier qui longe la ligne de transport de vieilles empreintes de loups et d’orignaux. J’ai installé mon camp de manière à me permettre d’avoir un bon champ de vision ; mais encore une fois, mes affûts resteront vains … Deux résidents venus passés une semaine dans cet endroit pour y pêcher me confirment la présence des loups dans ce secteur, ils en voient d’ailleurs eux-mêmes de nombreux à l’automne lorsqu’ils chassent l’orignal. ; Ils m’apprennent surtout qu’à 400 Km d’ici, à l’est en empruntant la trans-Taïga, le secteur LG4 est réputé pour être une zone densément peuplée de loups »

Dimanche 24 octobre 2004 - Nuages, Eclaircies

« Aujourd’hui ma co-locataire (une jolie belette tout de blanc (ou presque) déjà vêtue) et mon propriétaire (un petit écureuil pointilleux) se sont disputés au sujet de l’utilisation conjointe de mon camp ! J’aurais préféré que les loups en fassent autant mais décidément ils semblent bien loin de ces considérations territoriales à l’heure actuelle. »

Voici 3 journées de son périple seul au milieu des loups. Mais vous pouvez consulter le carnet de route dans son entiersur son site : http://www.peupleloup.info/, ainsi que les rubriques « Plein air », qui regroupe les différents aspects de la vie dans la zone d’étude ; « La meute » qui nous fait connaître les différents comportements de marquage, et essaye de comprendre le pourquoi des hurlements, la dispersion et la nomadisations des individus de celle-ci, les surprises écologiques que réserve le loup en tant qu’espèce clef de voûte et enfin son comportement vis-à-vis de Mickaël extrait :

« Puis le lendemain, Mercredi 22 Septembre déjà les rapports ne sont plus les mêmes : « Une pause au même endroit qu’hier pour renifler, tout en me sachant là….puis tranquillement il poursuit sa prospection et s’enfonce dans le bois qui me le dissimule rapidement. Vingt minutes plus tard, il réapparaît sur ma gauche progressant d’un bon pas. Peut être surpris de me trouver encore là, alors qu’il souhaitait enfin pouvoir venir y inspecter ». Même si ce jour là il restera encore un peu timide « il se ravise définitivement : faisant demi tour, (..), s’en retourne plus au sud trouver la tranquillité dans des fourrés denses ». Il n’est plus question de fuite ! »

Et puis les meilleures choses ayant une fin, il a bien fallu penser au retour, avec des images et des expériences plein la tête et nombre de photos dans l’appareil. Après quelques mois de repos Mickaël a décidé d’organiser des conférences. Basées sur le récit de voyage de son membre fondateur, celles-ci mettent en avant la non dangerosité du loup sur l’homme et véhiculent un message de respect envers ce qui vit, quelque soit l’espèce animale ou végétale.

Pendant l’année scolaire 2005-2006, 9 départements ont été visité et environ 6500 élèves sensibilisés.

Bilan 2006-2007

- septembre 2006 : 48 conférences, 1500 élèves
- octobre 2006 : 15 conférences, 600 élèves
- novembre 2006 : 19 conférences, 800 élèves
- décembre 2006 : 46 conférences, 1900 élèves
- janvier 2007 : 51 conférences, 2100 élèves
- février 2007 : 51 conférences, 2005 élèves
- mars 2007 : 48 conférences, 1933 élèves
- avril 2007 : 9 conférences, 440 élèves
- mai 2007 : 16 conférences, 743 élèves
- juin 2007 : 10 conférences, 347 élèves

Total : 313 conférences, 12 368 élèves

Toutes les conférences au niveau scolaire ont été faites bénévolement et gratuitement…Enfin, de nombreuses conférences grand public ont été proposées en partenariat avec des associations locales (universitaires, environnementales) et sur des initiatives personnelles. Ces conférences, et les contacts qu’il a pu nouer depuis son retour, lui ont confirmé bien que le canis lupus ait fait son retour naturel en France depuis maintenant plus d’une décennie, ce retour est vite devenu source de conflits économique, politique, social. Sujet de nombreuses controverses et polémiques, chacun se rejette la faute pour mieux accuser le retour en force du loup. Mickaël précise :

« Afin de réduire ces conflits parfois non justifiés, nous pensons que la solution réside dans l’éducation et la prise de conscience. Informer la population sur la véritable nature du loup pourra permettre de restaurer une image objective de ce prédateur, et résilier les idées erronées et désuètes qui ont été fondées par des siècles de mystification. »

C’est décidé, il repart pour un tour, mais cette fois le voyage sera organisé, il le veut productif.

« La connaissance du milieu naturel, la protection des espèces et la conservation des habitats sont autant de préoccupations sur lesquelles nous désirons informer afin de préserver toute espèce, y compris l’humain, des effets résultant de nos pressions sur divers milieux. »

Le projet Baie-James 2008-2011 est lancé, en 2007. L’équipe de Peuple Loup s’attèle à la tâche. Une des notions primordiales de ce projet est le dérangement minimal de la ou des meutes de loups et l’écosystème général. En effet, le fait d’intégrer le territoire des loups pour les observer est un choix personnel qui ne doit pas perturber l’environnement des espèces de la zone choisie. Pour cela, il s’engage notamment à respecter les principes « Sans Trace », visibles sur le site : http://www.sanstrace.ca/programs/index.html

La zone d’étude a été établie en fonction de limites naturelles favorisant la délimitation des territoires de meutes de loups. Un secteur global de 10000km² a été ciblé, car pouvant être considéré comme fermé. Selon diverses études d’habitats, la superficie d’une meute de loup dans la région étudiée varie entre 1000 et 1500km². En prenant la fourchette haute, nous pouvons supposer que 6 meutes de loups peuvent utiliser ce périmètre. La zone choisie est la Baie-James au nord ouest du Québec. L’habitat qui domine dans ce milieu est caractérisé par de la forêt boréale et de la taïga, offrant des conditions idéales de vastes espaces relativement abrités et d’une diversité faunique appréciable pour un prédateur tel le loup.

Dans l’éthique du projet il est indiqué en priorité application du principe de non dérangement :

« - Que ce soit pour l’observation de la meute tant que pour l’ensemble des espèces vivant dans la zone, nous priorisons un dérangement minimal. Nous partons du principe que ce projet est un choix personnel d’observation et de sensibilisation et qu’il est important de ne pas perturber l’équilibre du milieu, ni le comportement de la faune par notre présence. » « - Aucune arme à feu ne sera emmenée sur le terrain. L’intégration dans le milieu et le respect des règles de sécurité sont suffisants pour que les intervenants ne soient confrontés à aucune situation nécessitant de telles mesures. Il leur incombe de les respecter en regard à la faune. » « - Il est important de rappeler que les initiatives de rencontres seront laissées principalement aux loups pendant toute la durée du projet. Nous comptons sur la curiosité naturelle connue du prédateur pour amorcer les rencontres et faire en sorte que l’observateur soit toléré sur le territoire. » « - Bien que plusieurs personnes aient choisi de délimiter physiquement leur camp de base lors de précédentes études sur le loup, il a été convenu de ne pas procéder de cette façon dans le présent projet. »

Dans le cadre de l’étude, il s’est avéré important de mettre en place une base de données efficace permettant de gérer les informations recueillies par Mickaël pendant les trois ans et ce, dès le début de l’étude. Et donc, une des valeurs clef de l’association est de proposer gratuitement les données recueillies sur le terrain, afin d’en faire profiter le plus grand nombre. Vous pouvez trouver comment y accéder sur le site de l’association Peuple loup.

http://www.peupleloup.info/

Si vous êtes intéressé par cette aventure, qui s’annonce hors du commum, vous pouvez y participer ; vous trouverez tous les renseignement utiles sur le site de l’association.

Quoiqu’il en soit on ne peut que souhaiter que « bonnes traces » à Mickaël pour l’aboutissement de son projet qui devrait commencer sur le terrain courant Mai.

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