Animauzine, militer pour les animaux
23 mars 2010
Par Zora
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Critique du film Océans de Jacques Perrin

Critiques, avis et remarques sur ce film, les poissons et autres animaux marins

Dans un style entre fiction et documentaire, beaucoup de très belles scènes, à la fois sur les éléments, l’eau, les vagues, et les animaux marins dans leur diversité.
Il est plaisant de voir les poissons, mollusques, mammifères et autres crustacés montrés dans leur beauté particulière. Dans ce film, les animaux marins ne sont pas juste des objets scientifiques, des trucs curieux qui grouillent dans l’eau ou de futurs sushi, mais des individus, des acteurs du monde.

Le film n’est pas trop « Disney » car on voit par moment la réalité de la violence de l’entredévoration entre espèces.
Et puis on trouve aussi des scènes saisissantes de pêches menées par des humains. Elles sont intéressantes car après une longue immersion, on se trouve face à un filet comme si on était soi-même devenu poisson, et on voit les malheureux animaux marins prisonniers à l’intérieur comme nos frères. La scène est terrifiante, comme si ces bêtes étaient sacrifiées par des extra-terrestres cruels. Ces divers animaux marins s’empêtrent dans les fils, meurent, et on remonte avec eux vers la surface, où des êtres humains anonymes entraperçus les achèvent à coups de pics. L’eau rougit et un requin sans aileron ni queue s’échoue sur le fond pour agoniser horriblement, et on est pris d’empathie même pour ce tueur des mers.
Ce passage peut permettre à un cœur un peu ouvert de comprendre l’horreur de la pêche, néanmoins on peut craindre que le public ne continue à limiter son intérêt aux espèces « emblématiques » et plus ou moins menacées de disparition (tortues, dauphins, grands requins, baleines…), qui sont surtout celles que l’on voit dans le filet et la tuerie.
Il aurait été plus juste et courageux de montrer la réalité de la pêche industrielle, celle qui tue de manière atroce chaque année des milliards de poissons pour nourrir directement les marchés, ou pour les transformer en farines de poissons, ce pour l’aquaculture et ses innombrables poissons d’élevage ou pour les animaux d’élevage terrestre destinés à la boucherie de masse. Sans doute que certains partenaires du film : ministère de la mer, Conseils généraux et autres n’auraient pas trop apprécié une mise en lumière de la filière… ?

C’est là une des limites de ce genre de film, le but est d’abord d’émerveiller et de plaire au grand public. Pas sûr que l’enchantement devant les bonds de dauphins et les yeux des loutres suffisent à faire comprendre l’énorme carnage opéré sur toutes les mers et qui touchent d’abord des animaux jugés moins photogéniques : anchois, lieus d’Alaska ou colins, maquereaux du Chili, pilchards ou sardines du Japon, capelans, menhaden, harengs…
En fait, le propos n’est finalement pas de faire s’interroger sur le sort réservé aux animaux marins en général, mais d’inviter à limiter les excès de la surpêche, à préserver la biodiversité et la beauté des océans pour les humains (glissement vers l’anthropocentrisme), avec des accents optimistes complètement décalés par rapport à la réalité, surtout après le fiasco ridicule et prévisible de Copenhague en 2009 (auquel il faut à présent ajouter la poursuite de la pêche du thon rouge).

Le film Océans colporte donc un discours complètement naïf et incohérent (le végétarisme ou la diminution très forte de la consommation des viandes et poissons ne sont pas évoqués), car il n’y actuellement aucune raison pour que les humains stoppent ou diminuent drastiquement les pêches intensives qui sont une des principales sources de la destruction d’espèces qui est déplorée par ailleurs, au contraire, partout la consommation d’animaux marins augmente.

Malgré des points positifs (beauté et individualité des animaux, scène de pêche saisissante d’horreur), on est globalement face à un beau livre d’image sur les merveilles de la nature qui continuent de nous éblouir, mais il n’y a guère de clés pour comprendre la réalité et l’ampleur de l’action humaine, et pas de soucis réel pour les espèces plus ordinaires victimes des pêcheries de masse.
Et bien entendu aucune interrogation sur le système d’entredévoration des animaux entre eux, c’est naturel voyons, pourquoi s’en faire !?

Mais bon, en partant de ce film quelqu’un qui se donne la peine de réellement voir peut s’interroger sur la pêche et le sort réservé aux animaux marins par les humains, ce n’est donc pas si mal pour un film grand public financé par des institutions d’Etat et des grandes entreprises.


« Ce n’est pas parce que les poissons sont incapables de crier que leur mort est moins violente. Ramasser des oiseaux sauvages dans un filet et les noyer lentement, en les plongeant dans l’eau, semble difficilement acceptable et pourtant c’est l’équivalent de la pêche commerciale. Que dirait-on aussi d’une industrie qui installerait verticalement des filets mesurant plusieurs centaines de mètres de hauteur et s’étendant sur plusieurs kilomètres à travers champs et forêts, dans le but d’accrocher au passage tous les oiseaux sauvages, migrateurs ou autres, et les laisserait mourir là ? Ce n’est pas parce que cette pratique a lieu sous les mers qu’elle devient acceptable. »

Albert Simon


Il faut sans relâche rappeler que les humains n’ont pas besoin de manger la chair issue des animaux tués tout exprès pour vivre en bonne santé, pas plus celle des poissons, que celle des crevettes, bœufs, porcs ou poulets.
On peut ainsi facilement devenir végétarien, ou végétalien (en prenant des compléments alimentaires)

Post Scriptum

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