Animauzine, militer pour les animaux
17 mars 2008
Par La râleuse chronique
Version imprimable
Version imprimable
Documents joints
Corrida
Picador : l’image du sadisme
JPEG - 19.3 ko

chien qui pleure
GIF - 45.5 ko

Bête petit conte.

Si cette histoire m’avait été racontée par tout autre que mon copain Dognut, je ne l’aurais jamais crue.

Déjà, l’amitié qui nous lie, Dognut et moi, peut paraître incompréhensible à bien des personnes tant nous sommes dissemblables lui et moi.

Lui, tout ébouriffé, le poil blanchi par l’âge, la dégaine efflanquée, d’humeur patiente et réfléchie. Moi, jeune et râblé qui fonce tête baissée sans me soucier des conséquences de mon impulsivité.

« Géro est encore tout fou, dit souvent Madame.
- C’est un défaut de jeunesse et le temps se chargera bien assez tôt de l’assagir. »

Je m’appelle Géronimo et c’est Madame qui a choisi mon prénom mais elle est la première à faire comme tout le monde et à m’appeller Géro ce qui prouve bien l’inconséquence du choix d’un prénom de plus de deux syllabes sachant que, neuf fois sur dix, il sera remplacé par un diminutif.

Donc, ce matin là, voici l’histoire que m’a racontée mon ami Dognut :

- Il y a de cela une quinzaine de jours, pour la première fois depuis tout ce temps vécu à leurs côtés, Monsieur et Madame m’ont emmené à la fête ; un moyen facile, pour elle comme pour lui, de célébrer ma mise à la retraite et récompenser toute une vie de bons et loyaux services, je suppose.

Il faisait un temps magnifique lorsqu’ils se sont assis sur les gradins de ce gigantesque amphithéâtre construit en plein air en me réservant une place devant eux afin que je puisse jouir du spectacle qui allait se dérouler sous les yeux du public.

Au début, j’ai été ébloui.

Figure toi l’entrée dans une arène de chevaux à la robe luisante tant elle avait été lustrée, des chevaux montés par des cavaliers chamarrés, des chevaux caracolant dans la lumière du soleil et les habits des cavaliers étincelants, jetant des flashs éblouissants. C’était un spectacle de toute beauté. C’était féerique.

Soudain, il y a eu un grand silence et j’ai senti une tension telle que tout mon corps m’a paru parcouru d’un courant électrique.

Et c’est alors que, dans ce grand silence, il est apparu sombre et puissant, hésitant et cependant impressionnant.

Le reste, mon cher Gero, je vais te le résumer car jamais je n’ai vu spectacle aussi atroce. Jamais, j’espère, je n’assisterai plus à une exhibition aussi barbare.

Oh, ce spectacle, si tu savais comme j’aimerais l’oublier, Géro !

Celui qui venait d’apparaître dans l’arène, c’était l’un de tes frères, Géro, un taureau de combat, comme toi, que les cavaliers ont lardé de coups de piques jusqu’à transformer ce vaillant guerrier en pauvre animal pantelant, dégoulinant d’écume, barbouillé de son sang.

C’est seulement alors qu’un homme en habit encore plus rutilant que celui des cavaliers est entré dans l’arène et le public impitoyable l’a ovationné. Et encore ovationné toutes les fois qu’il s’amusait à provoquer le taureau à l’aide d’une cape qu’il agitait devant lui. Et toujours ovationné chaque fois qu’il frappait le taureau de banderilles lorsque ce dernier se jetait tête baissée sur cette cape délibérément agaçante.

Et lorsqu’enfin, lassé de jouer, il a planté son épée dans la nuque de l’animal épuisé, c’est dans un délire enthousiaste que tout le public s’est dressé debout pour crier son plaisir, acclamer le geste meurtrier, porter aux nues le tueur.

Mais mon histoire ne s’arrête pas là, Géro.

Tu n’as pas connu Dogged, un Malinois comme moi.

Chaque soir, quand Dogged rentrait d’une éreintante journée de boulot à courir derrière les manades, il n’avait que trois envies : boire, manger, et s’affaler sur le perron de la maison pour se reposer.

C’était sans compter sans Amado, le fils âgé de quatre ans de Madame et Monsieur.

Amado, lui, adorait utiliser Dogged comme jouet. Il n’avait de cesse de grimper sur son dos comme si Dogged était un poney, de lui tirer la queue, les oreilles, toutes petites agaceries que Dogged supportait patiemment en dépit de sa fatigue.

Seulement voilà, hier, Dogged, incommodé sans doute par un aliment indigeste, avait souffert toute la journée d’un mal de ventre tenace et sa journée de travail avait été un véritable calvaire.

C’est te dire si le soir venu, il avait encore plus envie que d’habitude qu’on lui fiche la paix lorsqu’il s’est écroulé sur le perron devant la maison.

Amado, lui, ne l’entendait pas ainsi qui était bien décidé à faire subir ses caprices au pauvre Dogged. Ce dernier a commencé par grogner pour manifester son mécontentement puis, comme le gosse insistait en lui tirant méchamment la queue et les oreilles, il a montré les dents en grondant son déplaisir… Juste au moment où Madame sortait de la maison et surgissait sur le perron.

La suite a été rapide. Madame a hurlé. Monsieur est arrivé en courant. Madame a craché son indignation et sa peur : le chien montrant les dents, le chien grondant, le chien menaçant l’enfant, le chien dangereux. Monsieur a saisi Dogget par son collier, saisi son fusil, traîné l’un et emporté l’autre derrière une remise. La balle a fracassé la tête du chien. Il n’aura plus jamais mal au ventre, Dogged.

Tu vois Géro, a conclu mon ami Dognut, nous sommes bêtes et ne savons que penser de cette histoire mais si l’un de ceux qui se nomment « humains » en prend connaissance, il saura sûrement en tirer une morale, tu ne crois pas ?

Accueil . ACTIONS . RESERVOIR . MILITANTS et SITES WEB . Thèmes . Agenda
Newsletter . Plan du site . Contact . FAQ

http://www.animauzine.net/Bete-petit-conte.html
Articles Suiv./Préc.
Sur le même thème
/ Réservoir / Poésies - Contes / Bête petit conte.
Plan du site
Newsletter
Contact
FAQ
Accueil